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Montrer le ciel à un enfant en cinq minutes

Cinq minutes dehors suffisent, à une condition : montrer une seule chose et laisser l’enfant la trouver. Ce qui suit fonctionne dans les deux hémisphères, sans matériel et sans rien réciter par cœur.

La Lune eclipsee, rougie par l'ombre de la Terre, dans un ciel plein d'etoiles.
Lune eclipsee dans un ciel etoile. Auteur : ESO/Y. Beletsky. Source : ESO. Licence : CC BY 4.0.

Une seule chose, que l’enfant trouve lui-même

Le réflexe le plus naturel est de désigner et de nommer tout de suite : ça, c’est la Lune, ça, c’est une étoile. L’enfant hoche la tête, et il ne reste plus grand-chose le lendemain. Ce qui reste vraiment, c’est ce qu’il a trouvé par lui-même.

Le principe tient en une phrase : montrer une direction générale, poser une question, et attendre la réponse plutôt que de la donner. Demander ce qui, vers l’ouest, juste après le coucher du soleil, ne clignote pas comme les autres points lumineux donne beaucoup plus que d’annoncer aussitôt le nom de la planète. L’enfant qui cherche, qui hésite, puis qui pointe le bon point du doigt, garde cette réussite pour lui bien après la soirée. Une seule chose montrée de cette façon vaut mieux que dix noms récités d’affilée.

Quatre choses qui marchent presque à tous les coups

La Lune, juste au bord de son ombre

Une pleine Lune, toute ronde et éclairée de face, apprend peu à regarder : la lumière tombe trop droit pour montrer du relief. L’endroit intéressant se trouve à la limite entre sa partie éclairée et sa partie dans l’ombre, une ligne appelée le terminateur. Là, le Soleil éclaire le sol presque à l’horizontale, les montagnes et les cratères projettent de longues ombres, et le relief lunaire prend d’un coup un vrai effet de profondeur. Montrer cette ligne plutôt que la Lune entière, et laisser l’enfant chercher les bosses et les creux à son bord, fonctionne mieux qu’une pleine Lune et qu’un télescope.

Le point qui ne scintille pas

Presque tous les soirs, un point très brillant domine le ciel du soir ou celui du matin, et il ne scintille pas comme les étoiles autour de lui : c’est presque toujours une planète, le plus souvent Vénus. Demander à l’enfant de trouver, parmi tous les points lumineux, celui qui reste parfaitement stable pendant qu’il le regarde fonctionne comme un petit jeu, et la réponse est presque toujours ce même point éclatant. Le détail du pourquoi, l’atmosphère qui fait trembler la lumière d’une étoile et pas celle d’une planète, est expliqué dans Reconnaître ce que vous voyez ce soir.

Une forme que tout le monde reconnaît

Une figure familière se repère d’un coup, sans avoir besoin de connaître une seule étoile par son nom, et elle change selon l’hémisphère, sans que l’une vaille mieux que l’autre.

Depuis l’hémisphère nord, une bonne partie de l’année, de Paris comme de Mexico ou de Séoul, sept étoiles assez brillantes dessinent une forme de casserole ou de louche : c’est la Grande Casserole, la partie la plus reconnaissable de la Grande Ourse. Il suffit de demander à l’enfant de chercher une casserole dans le ciel, sans rien nommer de plus.

Depuis l’hémisphère sud, la Croix du Sud joue le même rôle : c’est la plus petite des 88 constellations, facile à reconnaître à ses quatre étoiles principales groupées en cerf-volant. Au sud d’environ 34 degrés de latitude, comme depuis Buenos Aires, Melbourne ou Wellington, elle ne se couche jamais : elle est toujours quelque part dans le ciel, à chercher sous la forme d’un cerf-volant à quatre branches plutôt que d’une croix parfaite.

Une lumière déjà vieille

Une dernière chose marche à tous les coups, et elle ne demande même pas de trouver quoi que ce soit dans le ciel : dire à l’enfant que la lumière qui vient de toucher son œil est partie avant qu’il pose la question. Ce n’est pas une image, c’est un fait qui se mesure, et les chiffres exacts répondent à la question suivante, celle que l’enfant posera de toute façon.

Les questions que tous les enfants posent

Pourquoi les étoiles brillent ?

Une étoile est une boule de gaz si dense et si chaude en son cœur que des noyaux d’hydrogène s’y percutent assez fort pour fusionner en hélium. Cette réaction, la fusion nucléaire, libère une énorme quantité d’énergie sous forme de lumière et de chaleur : c’est elle qui fait briller le Soleil, et toutes les autres étoiles de la même façon.

Est-ce qu’il y a quelqu’un là-haut ?

La réponse honnête est qu’on ne sait pas encore, et que c’est une vraie question de science, pas une devinette. Plusieurs milliers de planètes ont déjà été repérées autour d’autres étoiles, et de vrais instruments analysent aujourd’hui la composition de certaines de leurs atmosphères pour y chercher des traces de vie. Aucune n’a, pour l’instant, livré de réponse. Dire à un enfant qu’on cherche vraiment, avec de vrais outils, et qu’on ne sait pas encore, est plus juste, et souvent plus fort, qu’une réponse refermée dans un sens ou dans l’autre.

C’est loin comment ?

La réponse tient dans le temps qu’il faut à la lumière, pourtant la chose la plus rapide qui existe, pour faire le trajet.

Le temps que met la lumière pour arriver jusqu’à nous
Ce qu’on regardeTemps de trajet de sa lumière
La Lune1,3 seconde
Le Soleil8 minutes et 20 secondes
Sirius, l’étoile la plus brillante du ciel nocturne8,6 ans

Le Soleil que l’enfant regarde n’est donc jamais tout à fait celui de l’instant : sa lumière a déjà voyagé plusieurs minutes. Une étoile, bien plus loin, montre une lumière partie des années plus tôt, parfois avant sa propre naissance à lui.

Pourquoi on ne les voit pas le jour ?

Les étoiles n’ont pas disparu : le ciel de midi en contient exactement autant que celui de minuit. Mais l’atmosphère disperse la lumière du Soleil dans toutes les directions à la fois, ce qui rend le ciel entier lumineux, et cette clarté noie la faible lumière des étoiles. Chercher une étoile en plein jour revient à essayer d’entendre un chuchotement au milieu d’un concert.

Ce qu’il vaut mieux éviter

Dix noms d’un coup

Nommer d’affilée une constellation, une planète, une étoile et un satellite ne laisse rien retenir : le lendemain, tout se mélange. Une seule chose montrée et trouvée vaut mieux qu’une liste récitée.

Corriger sans cesse

Un enfant qui désigne la mauvaise étoile ou qui invente un nom n’a pas besoin d’être repris tout de suite. Le plaisir de chercher compte plus, ce soir-là, que l’exactitude de chaque réponse : il y aura d’autres soirs pour affiner.

Promettre une étoile filante

En dehors d’une pluie d’étoiles filantes annoncée, un ciel sombre n’offre en général que quelques météores par heure, jamais à heure fixe et jamais sur commande. Promettre une étoile filante prépare une déception ; en voir une ensemble, sans l’avoir annoncée, est un cadeau.

Un écran allumé en pleine figure

L’œil a besoin de temps pour s’habituer à l’obscurité, et quelques secondes de lumière blanche suffisent à tout défaire, y compris celles d’un téléphone allumé en pleine figure pour vérifier une carte. Mieux vaut regarder la carte avant de sortir, ou attendre d’en avoir vraiment besoin.

Le geste, en pratique

Cinq minutes suffisent, et il ne sert à rien d’en faire dix : l’attention d’un enfant dehors, la nuit, est une ressource courte. Nul besoin d’un ciel parfaitement noir ni d’attendre une nuit sans Lune, puisque la Lune elle-même est l’une des quatre choses qui marchent. C’est le froid, presque toujours, qui décide de la fin, bien avant l’ennui : sortir habillé pour rester, et pas seulement pour traverser la cour, suffit à gagner ces cinq minutes en entier.

S’il faut malgré tout consulter une carte du ciel dehors, ce site propose un mode nuit : il passe l’écran au rouge sur noir, la seule couleur qui laisse l’œil adapté à l’obscurité, et il s’allume depuis les écrans du ciel. Voir le ciel de maintenant.

Avant de rentrer, choisir une seule chose à retrouver le lendemain, le même point brillant ou la même forme, donne à l’enfant une bonne raison de relever la tête le soir suivant. C’est tout l’objectif : une chose montrée, trouvée, et qui donne envie d’une seconde.

Sources